La migration des amphibiens

dscn5158La route (CD 178) se trouvant dans la vallée du Niederbaechel entre La Petite Pierre et la vallée de la Zinsel du sud, coupe l'axe migratoire d'une des plus grandes populations d'amphibiens du Bas-Rhin connue à l'heure actuelle. Sans aucun dispositif mis en place, ce sont des milliers d'amphibiens qui, chaque année, meurent victimes de la circulation routière.

Face à cette hécatombe annuelle, la volonté de mettre en place un système de protection des animaux a été exprimée.

En 1994 et 1995, une étude financée par le Ministère de l'Environnement et réalisée par Michel RENNER (naturaliste indépendant) pour le Parc Naturel Régional des Vosges du Nord a permis de dégager les caractéristiques principales du site et de la population d'amphibiens. Elle a débouché sur des propositions précises d'aménagement d'un "crapauduc" (aménagement routier qui permet aux amphibiens de traverser la route par de petits "tunnels" adaptés).

L'aménagement n'ayant pu être réalisé, le Syndicat de Coopération pour le Parc Naturel Régional des Vosges du nord (SYCOPARC) s'est chargé, en 1996 et 1997 du sauvetage des amphibiens en mettant en place un dispositif de protection (technique des filets, voir photo ci-contre).

Dans le cadre d'une politique globale de protection des amphibiens dans le Bas-Rhin, le Conseil Général du Bas-Rhin missionne en 1997 la Ligue pour la Protection des Oiseaux pour identifier les sites sensibles qui nécessitent une intervention en période de migration nuptiale.

Le site du Hammerweiher en faisant partie, le Conseil Général du Bas-Rhin confia en mars 1998, à l'association "les Piverts", la mise en place et le suivi de cette étude annuelle . Le suivi a été effectué par l’association jusqu'à ce jour.

Le dispositif consiste à mettre des filets le long de la route (sur 800m environ), parsemés de seaux enterrés au ras du sol. De cette façon, les amphibiens butent sur le filet et cherchant un passage, longent ce dernier et finissent par tomber dans un seau. Des membres des Piverts se chargent ensuite de récupérer les individus, de les identifier, de les compter et surtout de les amener de l'autre côté de la route pour qu'ils puissent aller se reproduire dans l'étang. Et lorsque ces "petites bêtes" ont fini leurs petites affaires, l'opération est parfois reconduite dans l'autre sens pour leur retour vers la forêt.

dscn5196L'étude mise en place nous a permis de suivre l'évolution des populations d'amphibiens sur le site de l'étang du Hammerweiher.
Les données récoltées en 2010 confirment la forte baisse d'effectifs, le nombre d'individus capturés chute de manière constante, chaque année depuis 2000.
Certaines espèces ont disparu, ne sont plus retrouvées sur le site. La population de crapauds communs a perdu plus de 96% de ces effectifs.
Nous observons également un inquiétant déséquilibre du sex-ratio chez les crapauds communs, celui-ci étant de 23 en 2010.
Débutée en 2009, l’étude complémentaire du site du Hammerweiher nous permet de mieux connaître le contexte dans lequel se situe la population de crapauds communs et d’écarter certaines hypothèses de la baisse des effectifs.
Nous avons tout d’abord confirmé la baisse des effectifs par la recherche de pontes dans l’étang. L’axe de migration ne s’est donc pas déplacé.
Nous savons également que la chytridiomycose ne touche pas la population de crapauds communs du Hammerweiher, les résultats des prélèvements étant négatifs.Les piégeages d’écrevisse n’ont pas mis en évidence d’importantes populations, mais la présence d’écrevisses américaines. Reste maintenant à affiner les recherches d’individus.
Un financement exceptionnel a permis à l’association Les Piverts de mener une étude approfondie durant deux années consécutives.
Si nous avons trouvé certaines réponses, de nombreuses questions restent posées et l’on ne connaît toujours pas les raisons de la baisse de diversité spécifique, de la baisse d’effectifs et du grave déséquilibre sexuel de cette population d’amphibiens.
La population de l’étang du Hammerweiher est la plus vieille population suivie en Alsace, et la seule à « disparaître » à cette allure dans un cadre apparemment préservé.


Il est indispensable de mobiliser les moyens autour de ce cas particulier qu’est l’étang du Hammerweiher, afin que nous n’assistions pas à la disparition de ce qui fut l’une des plus importantes populations d’amphibiens d’Alsace et que nous puissions comprendre ce déclin.
La préservation des amphibiens est un enjeu de taille et tous les efforts doivent être menés pour protéger ce groupe fragile et menacé.

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